La famille

La famille

Laurence Deonna est née en janvier 1937. Elle vit une partie des étés de son enfance dans le domaine familial maternel, la Gara, près du village de Jussy, à la frontière française, sur fond de Seconde Guerre Mondiale. Elle est l’ainée d’une fratrie de trois enfants, dont deux garçons. Issue d’une famille de la haute bourgeoisie calviniste, elle est élevée dans le sérail de la politique. Une mère cultivée, un père illustre du Parti Libéral genevois, Président au Grand Conseil de Genève, puis Conseiller national représentant Genève à Berne.

Laurence a beau n’avoir été alors qu’une petite fille, elle s’en souvient encore : « À table, on parlait beaucoup de tout ce qui se passait. Les mots ‘nazi’, ‘fasciste’, ‘communiste’, revenaient sans cesse dans les conversations… » Une plongée précoce dans le monde de la politique qui lui donnera sans doute ce regard sans illusion, sans pour autant l’empêcher plus tard de s’engager.

La description de Laurence du domaine familial de la Gara évoque la fin d’une époque, au temps de la Seconde Guerre Mondiale, et du basculement dans la modernité qui l’a suivie : « Sise sur la commune de Jussy, la Gara nous venait de la mère de ma mère, la famille Faesch. Un domaine de vastes terres, de fermes cossues et de bois touffus, dont une partie s’étendait de l’autre côté de l’étroit cours d’eau marquant la frontière entre la Suisse et la France…
La Gara avait l’âme en désordre, on y entrait comme dans un moulin, vivante, notre Gara. Aux heures de pointe, ça s’animait et ça criait et ça s’interpellait, les pavés résonnaient sous les gros sabots poilus des chevaux de trait et sous les roues grinçantes des chars à banc. Pour rien au monde, nous les petits, n’aurions manqué, en fin d’après-midi, le départ de l’attelage amenant le lait des vaches au village. La Gara en ce temps-là était magique, quelque chose de l’atmosphère du Grand Meaulnes
».

Espérant canaliser l’énergie de cette adolescente rebelle, son père l’envoie dans un internat à Adelboden, dans les Alpes bernoises, puis à la Hochalpines Töchter Institut Fetan, dans les Alpes grisonnes. Mais elle ne supporte pas ces lieux qu’elle compare à des casernes. Elle fugue à plusieurs reprises avant de trouver enfin sa place au Sud de l’Angleterre, à la Bath Academy of Arts, un château où l’on enseigne l’art sous toutes ses formes et où règne une tolérance et une fantaisie toutes britanniques. Première étrangère à y être acceptée sur dossier, elle y apprend la peinture à l’huile, l’aquarelle, la gouache, le fusain, elle construit des décors, fabrique des marionnettes, et pour son plus grand bonheur, décroche même un rôle dans une pièce du célèbre poète gallois Dylan Thomas, Under Milk Wood, a play for voices.

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