Pourquoi ce film ?

Pourquoi ce film ?

Ce projet est nécessaire parce que l’histoire de Laurence Deonna nous dit quelque chose de notre époque. Ceux qui la connaissent et qui admirent son œuvre auront l’occasion de découvrir la femme, sa vie et son travail qui font partie intégrante de notre patrimoine. Laurence n’a pas eu une vie mais des vies. Des vies incroyables !

Son parcours est source d’espoir, d’énergie. Il nous fait réfléchir sur notre temps et notre mémoire collective. Il nous montre que le métier de reporter exige du courage et de la volonté pour témoigner des dures réalités et d’hypocrisies souvent bien cachées. Ce métier sait aussi être beau, puissant. Un exemple comme celui de Laurence Deonna peut inspirer les générations suivantes, leur donner l’envie et l’énergie de s’engager, de construire et d’être inventif au quotidien sans jamais baisser les bras.

Laurence a été confrontée à des scènes terribles. La mort, elle l’a frôlée plus d’une fois. Je soupçonne qu’à travers cette soif d’aventures, ce besoin de vivre intensément, elle a cherché une sorte de fuite qui l’aide à guérir ses blessures. Lorsqu’on la croise, on remarque d’emblée ses yeux, son regard tantôt rieur, tantôt mélancolique.

J’ai eu le plaisir de la rencontrer lors d’une projection de films à la Maison des arts du Grütli à Genève. Nous avons évoqué ensemble Anne-Marie Schwarzenbach, Ella Maillart et Nicolas Bouvier. Un premier contact passionnant. J’ai immédiatement été séduit par le personnage. Par la suite, elle m’a ouvert sa caverne d’Ali Baba, où s’amoncellent des objets venus de tous les horizons, des monceaux de diapositives, de négatifs et de tirages. D’un côté, des photos d’hommes et de femmes dans la joie et dans la fête, des villes enchantées (certaines de ces images montrent des lieux aujourd’hui totalement disparus, et ont ainsi accédé au statut de source historique, devenant des archives). D’autres de ces photos disent la douleur, la destruction de l’homme par l’homme, la violence faite aux femmes…

En écoutant Laurence, j’ai eu un aperçu rare et sans artifices des coulisses du reportage de guerre, surtout lorsqu’il s’agit de femmes reporters. Laurence Deonna est un témoin précieux de notre temps. Une femme libre qui, sous ses apparences de “fille de bonne famille” est non seulement intelligente, mais instinctive, impertinente, à la fois grave et drôle. Elle m’a dit n’avoir rien à cacher, revendique la « transparence » et se livre devant nos caméras.

Laurence est charismatique. A chacune de nos rencontres, je la vois mieux se dessiner. Elle parle de son rapport au temps, de la responsabilité du reporter, de la solitude qu’implique le métier de reporter indépendant – et pas seulement sur le terrain. Au retour chez elle, portant les drames dont elle été témoin, elle m’a confié s’être sentie incomprise et souvent encore plus seule que dans un pays lointain. Elle ressent alors le besoin de s’enfermer plusieurs jours, seule chez elle. Ce film lui donne la parole, la raconte et raconte le combat et la liberté des femmes.

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